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Un fauve post-moderne au jardin

 

Vous avez dit coloriste ? Le mot est faible. Samuel Buri est un véritable pyromane de la couleur. Partout où il passe, il allume des incendies sur la toile. Au point que sous ses pinceaux, même le noir et blanc paraît chamarré. Entre le lac de Bienne de son enfance, puis Paris, la Bourgogne, Bâle et l’Oberland bernois, toute l’aventure de sa peinture se joue entre bonheur de peindre et distance narquoise, gourmandise chromatique et regard au deuxième degré, émerveillement devant les spectacles du monde et pirouettes décalées. C’est dans cette oscillation paradoxale et féconde qu’il a trouvé sa voie. Et c’est lui-même, tout en évoquant «l’impossibilité de peindre les Alpes aujourd’hui », qui l’avoue : «en pratiquant la peinture en plein air, il m’arrive parfois d’oublier tout le cabaret de l’art moderne et de poursuivre le dialogue éternel entre la nature et sa représentation ».
Depuis plus d’un demi-siècle, il ne cesse de s’ébrouer dans la peinture avec une exubérance tonique et une palette saturée. Buri est un « fauve » post-moderne lâché dans un jardin. Un fauve tendance Cuno Amiet dans le jardin de Claude Monet, avec un crochet du côté de chez Gauguin. La nature est son grand réservoir de motifs et d’émotions. Mais l’histoire de l’art aussi lui est un jardin d’inspirations. Il la parcourt en humant ici un parfum, cueillant là une rose ou un delphinium, piquant au passage quelques herbes folles ou mettant ses pas dans ceux d’un ancien maître-jardinier. Ou plutôt juste à côté…
Le métier est classique, les sujets aussi: des nus, des fleurs, des paysages de l’Oberland bernois, de l’Espagne ou du Maroc. C’est à partir de ces données traditionnelles qu’il joue sa partition décalée et parfois quasi psychédélique : des violacés, des roses fuchsias, des verts pommes astringents, des jaunes stridents qui se frottent, s’exaltent et s’exacerbent.
Manifestement l’inventeur dans les années 1970 du pop art des champs –une version marquée au « Stempel » helvétique qui fait écho au pop art des villes made in USA- n’a pas calmé son jeu. Mais dans sa fringale de couleur, la transparence est devenue le maître-mot : source de clarté, de légèreté, de chatoiements et de chevauchements, elle est toute entière quête de lumière. Contrepoint pour mieux la souligner, le tracé noir est une autre manière de la dire qui, parfois, rappelle le vitrail. Quant au thème, il déclenche immanquablement des séries de variations, déclinaisons et permutations, avec une gourmandise malicieuse pour les explorations des possibles : du noir-blanc à la couleur, du rose au vert et au violet, ou du pointillisme à l’expressionnisme revisités avec une tendresse ironique.

Françoise Jaunin

 

 

Samuel Buri

Né en 1935 à Täuffelen, Suisse
Travaille à Bâle et à Paris

Il se forma à l'École des arts appliqués de Bâle (1953-1956). En 1959, il s'installa à Paris, puis, en 1971, à Givry, près d'Avallon. Exposant à Paris au Salon de mai et au Salon de la jeune peinture, il pratiqua à ses débuts une peinture postimpressionniste puis découvre l'abstraction lyrique dans la lignée de celle de Sam Francis. Son intérêt pour la tache de couleur fluide s'est d'ailleurs maintenu, mais il l'associa rapidement à une mise en forme méthodique, inspirée de l'Op'Art comme du Mec'Art : travail sur la couleur à partir de grilles et de trames où le motif se décompose et se recompose. L'humour démystifiant du pop art le séduisit bientôt, comme en témoigne la célèbre série des vaches, où la couleur bariole l'animal broutant (terre-plein du Grand Palais à Paris, 1972). On doit aussi à Samuel Buri des peintures murales pour la Kunsthalle de Bâle et une céramique pour la piscine expérimentale du boulevard Carnot à Paris (1968-69). Il est représenté dans les musées de Bâle, de Göteborg, de Marseille et de Paris (M. A. M. de la Ville).


   
   
     

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