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Romain Crelier est né en 1962 à Porrentruy, et vit à Chevenez (JU).
Il suit pendant une année (1986-1987) les cours de l'Ecole cantonale des Beaux-Arts de Sion, puis entre à la Schule für Gestaltung de Bâle, beaucoup plus libre et ouverte, en section sculpture (1987-1990) sous la direction de Johannes Burla, puis de Jürg Stäuble.
J. Burla propose à ses élèves d’exposer dans des bâtiments en voie de destruction, lors des deux séances de jury annuelles. Romain Crelier utilise d’emblée ce contexte pour dialoguer avec l’architecture, ce qui restera une constante dans son oeuvre. Dans un dépôt industriel, il couvre par exemple le sol d’un tapis de plâtre blanc, légèrement incliné, transformant la perception de l’espace.
Lors de sa première exposition personnelle au Prieuré de Grandgourt (JU) en 1991, l’artiste poursuit ce dialogue avec l’architecture. S’inspirant d’un conduit de cheminée ou de la courbure d’une voûte,
il crée des pièces posées au sol sur le thème de la spirale – influencées par le constructivisme des années 1910 (W. Tatline, etc.). Chacune de ces pièces paraît être la section d’une structure plus grande. Romain Crelier les conçoit comme des propositions dont le spectateur peut imaginer la suite, plutôt que des oeuvres définitives. De plus, l’absence de socle fait descendre la sculpture de son piédestal traditionnel et l’intègre davantage dans l’espace réel.
L’exposition de Grangourt présentait aussi les premiers dessins
au graphite, en tant qu’éléments d’une installation. Romain Crelier poursuivit cette pratique du dessin lors d’un séjour d’une année à Paris (1991-1992), dans l’atelier du Canton du Jura à la Cité internationale des Arts et l’utilise régulièrement depuis lors. Formes simplifiées ou monochromes, traités par des coups de crayon répétitifs, atteignent une densité matérielle, une présence physique comparable à celle d’un volume posé dans l’espace. Parallèlement, l’artiste travaille dans le domaine de la gravure, avec l’eau-forte, l’aquatinte ou l’héliogravure, jouant sur les valeurs du noir au blanc.
A son retour de Paris, il s'installe à Chevenez, aménage un espace pour l'impression dans son atelier, et se marie. Il aura deux enfants.
Fasciné par le noir, comme le montrent ses dessins et gravures, Romain Crelier va également l’intégrer dans ses installations par le biais de l’huile de vidange, dès 1993. En la versant entre deux verres encadrés de plomb, il cite, sur un ton ironique, le monochrome pictural au moyen d’une substance méprisée (1993, 1997, 2005). Le déchet devient oeuvre d’art. Dans d’autres pièces, l’artiste donne à l’huile de vidange une dimension plus sculpturale. Coulée dans des sortes de bacs de rétention posés au sol, elle devient une surface étale, d’un noir profond, qui réfléchit l’espace environnant (1994, 2005).
Mais la relation à l’architecture prend bien d’autres formes que l’effet de miroir dans l’œuvre de Romain Crelier. Elle peut devenir citation, comme c’est le cas dans son intervention pour le Bâtiment administratif HES-SO de Delémont (2005). Intitulé malicieusement Unplusunégaltrois, ce parallélépipède en béton reprend le gabarit du bâtiment dans une réduction au 1/10°. De plus, sa forme oblongue et son coloris rouge orangé évoquent un matériau de construction comme la brique.
Autre matériau de construction lié à l’architecture, le béton brut de décoffrage apparaît dans différentes Sculptures, depuis 2002. L’artiste y cite des éléments de notre quotidien, fauteuils ou bibliothèques, comme l'on fait d'autres artistes de Richard Artschwager à René Zäch. Mais leur forte et lourde présence matérielle les met en retrait par rapport à leur fonction habituelle.
S’agit-il de pièces de mobilier ou de « sculptures », comme leur titre l’indique ? L’artiste joue sur l’ambiguïté du statut de ces objets – à mi-chemin entre le monde réel et le domaine de l'art - pour interroger le spectateur.
La structure de ses "fauteuils" en béton est clairement lisible. Comme du mobilier en kit, leurs divers éléments sont démontables. Romain Crelier travaille souvent à partir de modules qu'il peut assembler comme des briques de Lego, selon un principe de construction qui rappelle l'architecture et le minimalisme. Il installe d'ailleurs ses Sculptures comme des modules – dans différentes configurations - pour créer des intérieurs domestiques, sans monter de murs.
Par leur rigoureuse simplicité, les dessins, gravures et volumes de Romain Crelier se prêtent à une appréhension directe et physique au spectateur. Conçus comme des propositions, ils nous invitent à une nouvelle proximité avec le domaine de l'art.
Valentine Reymond |
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