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Corps à corps

L’exposition du Musée de Neuchâtel en 2008 a présenté les grands cycles artistiques entre 1995 et 2007 sans se soucier d’un déroulement chronologique mais plutôt en créant un rythme «expositionnel» qui permet aux œuvres monumentales et intimes de se succéder selon l’échelle des salles et selon une dramaturgie propre.
La première salle a présenté sous le titre DIVERSITE quelques cycles majeurs de 1996 à aujourd’hui et les salles suivantes ont montré chacune un thème particulier autour de la représentation du corps.

Texte de présentation de Walter Tschopp:

«Dans ce texte, nous présentons ces cycles de manière plus chronologique pour bien démontrer l’évolution du langage pictural de Christiane Dubois.

Les Torses repliés sous le titre de Torses romains de 1995 se caractérisent par des formes erratiques, richement structurées et coloriées. Cela tient autant de la ré- interprétation d’une sculpture antique que de l’étude anatomique. Les lignes de force que nous y voyons sont mises en évidence dans Bois de Finges (1996) ainsi que dans les Monolithes de la même année et aboutissent dans Finistère I et II de 1998: le corps masculin y est présenté dans son expression la plus fondamentale. Foyer énergétique autant que forme primaire, il se positionne devant nous tel un monument. Mais c’est un monument blessé, creusé, abîmé qui doit résister seul au «grand combat».
Entre deux, le grand cycle des Mutations (1997) met en évidence avec force certaines des intentions de l’artiste. Qu’est-ce que ces grandes formes aux lignes fortes et déterminées nous disent? Ces «corps», si corps il y a, sont translucides. Nous voyons les structures qui les régissent. Nous regardons «à l’intérieur», un peu comme si nous assistions au dépeçage de bœufs dans une boucherie industrielle. Ces œuvres sont d’une expressivité violente. Et si elles renvoient à la condition humaine, elles nous présentent en même temps la force et la blessure de l’humain.
Les Pages égyptiennes témoignent d’un séjour au Caire en 1999. Beaucoup plus
méditatifs, ces gestes picturaux laissent de côté le corps humain pour un temps, dans l’idée de confronter une écriture calligraphique à celle égyptienne, présente sur toutes ces œuvres de petit format.
Avec les formes en apparence plus organiques de Bretagne (1999), Christiane Dubois laisse éclore de véritables bouquets de traits ronds et empreints de poésie tendre. Mais attention: les arbustes que nous croyons discerner peuvent ressembler à ce que nous avions perçu dans les deux grands torses. Et les lignes si fines seraient alors quand même les muscles de quelque figure humaine? C’est d’ailleurs très exactement cette ambivalence que contiennent les deux grands tableaux Corps perdu et Corps liquéfié de 2003. Il s’agit de formes très arrondies dans lesquelles deux corps se rencontrent et s’entremêlent dans un combat (amoureux?). Mais une fois que nous connaissons la série des Bretagne, nous pourrions y voir aussi des allusions plus végétales.
Les Sphères de 2004 reprennent l’énergie quelque peu violente des Mutations mais les titres nous disent clairement qu’il s’agit ici de formes plus abstraites et de circulations énergétiques dépassant le combat humain. Comme pour brouiller toutes les pistes, les formes dans les Corps non identifiés de 2006 – le titre le dit très bien – se dissolvent, les lignes vigoureuses rouges et noires se promènent dans l’espace sans aucun souci de superposition figurative. Le champ est libre et ouvert à des circulations libérées de toute contrainte.
Par voie de conséquence, cette évolution mène vers les grandes compositions Sans titre de 2007, où les gestes picturaux deviennent écriture, voire calligraphie. Mais non pas calligraphie dans le sens chinois ou japonais du terme. Il s’agit de «calligraphies» très occidentales qui portent en elles toutes les tensions qui ont formé notre civilisation ! Elles représentent une symphonie de tous les ingrédients que nous venons de décrire, une synthèse provisoire du combat que mène l’artiste depuis plus de vingt ans.»

   

Christiane Dubois

Christiane Dubois est née à La Chaux-de-Fonds en 1947. Après sa formation à l’Ecole d’art de sa ville natale, elle développe rapidement une peinture expressive autour du corps humain. Ce sujet restera sa prédilection et dès le moment où ses deux enfants commencent à quitter le foyer familial, sa production artistique explose véritablement dès le début des années 90 pour évoluer vers ce « corps à corps » qui est toujours son thème.

Après des voyages en Inde, au Népal, en Afghanistan, Indonésie et au Japon, des séjours à Paris (1994-95), à New York (1997) et en Egypte (1999) lui permettent d’enrichir son vocabulaire artistique. Les corps humains filigranes et translucides des débuts font place à des représentations tantôt jubilatoires et dansantes, tantôt solitaires et vibrantes qui disent tout de la joie de vivre et de la difficulté d’être.

   
   
         
   
     
       
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