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Pierre Marquis
rue du 23 juin 15
2830 courrendlin
vit et travaille à courrendlin


Né à Berne en 1946, enfance
à St-Ursanne. Diplôme de dessinateur technique en 1966. Peintre autodidacte, atelier professionnel depuis 1979. Expose régulièrement depuis 1979.


Expositions personnelles: Musée jurassien des Arts Moutier, Paul Bovée Delémont, Zum Matthaeus Bâle, Tilleul Perrefitte, Soleil Saignelégier, Or l’Art Delémont, Farb Delémont, Numaga Auvernier, le cloître à St-Ursanne, Galerie Selz Perrefitte.

Collectives: Zürich, Genève, Pfäffikon, Bâle, Paris, Miami, Bruxelles, Moscou, Zagoesk, Palerme...

Prix: 1966, 2e prix des moins de 20 ans SEJ, 1981 Fondation Lachat, 1983 2e prix dessin Paul Bovée, 1984 1er prix peinture R&CJ, 1985 1er prix peinture Paul Bovée, 1988 2e prix de sculpture Château de Porrentruy, 1992 4e prix sculpture école Sous-Bellevue Porrentruy, 1993 2e prix affiches du Marché-Concours, Saignelégier.

A illustré: 1970 Rerquiem pour un Temps crucifié, et 1979 Pop’Apocalypse de Georges Pélégry, 2001 Quelques fourmis sur la page, SJE d’Alexandre Voisard. «Pierre Marquis» - SJE et ARCOS, à l’occasion de son exposition au cloître et au Caveau de St-Ursanne.

 

 

Les riches séries de Pierre Marquis
Rétrospective

 
 

L’Espace Courant d’Art à Chevenez présente le travail de près de quarante ans de l’artiste jurassiens. Une manière de raviver une œuvre authentique, faite de tensions, de doutes et d’attentes.

Que ceux dont l’effacement de Pierre Marquis derrière ses œuvres actuelles irrite se rassurent: ils ont une occasion inespérée de prendre du recul et de redécouvrir un artiste qui cultive le doute depuis une quarantaine d’années. L’Espace Courant d’Art présente nonante et un tableaux, reliefs et sculptures dont au moins deux séries n’ont jamais été montrées hors de la superbe monographie qui lui avait été consacrée en 2002 dans la collection L’art en oeuvre. L’exposition rétrospective, à découvrir jusqu’au 5 avril, offre en effet une cohérence nouvelle à l’oeuvre. A travers tous ses regards portés sur l’art du XXe siècle, le peintre a développé une syntaxe qui semble venir de loin et qui lui est propre.
Il ne s’agit pas là d’une rétrospective au sens strict du terme, déclinée par époques successives, mais plutôt par champs de tensions et d’équilibres visuels. Par exemple, les grandes compositions à l’acryl accrochées sur le mur de gauche en pénétrant dans la galerie sont de 1984 à 1991. Et pourtant elles procèdent de la même rigueur dans la confrontation violente des surfaces, des couleurs et des volumes. Il s’épanche dans un expressionnisme abstrait, apposant un système de signes déjà expérimentés plus tôt dans son oeuvre, nés de la figure humaine, têtes, bras, jambes sur fonds rouge, blanc, gris.
C’est comme si, dans une sorte de cuisine intérieure, Pierre Marquis suivait sa propre recette, réservant telle ou telle préparation pour compléter le menu ultérieurement. Car tout est préparé chez Marquis, sans doute dans le but final – et illusoire – d’embrasser la totalité du phénomène pictural autant que celui de la perception. Il commence par la nature, celle qu’il a servie depuis tout jeune, celle qui l’a projeté dans le monde des arts.
Sur la petite galerie à gauche, le peintre s’imprègne de la poésie de son complice Alexandre Voisard, le poète qui lui a insufflé cette évidence: si la nature peint les mots, elle peut tout aussi bien se révéler inépuisable de ressources formelles. Partant d’un foisonnement complexe de lignes et de réseaux à la Pollock, il appose des géométries, un treillis par exemple, ou des verticales qui balaient le spectre des couleurs. La grille structure la vision. Elle lui sert aussi à créer des multiples.
Le visiteur se promènera alors dans cette manière d’explorer la surface, cherchant la puissance des huiles ou la sensibilité pure des aquarelles. Jamais il ne fatigue à découvrir les voyages du peintre dans l’imaginaire, comme ces trois dessins d’animaux fabuleux, à l’encre et au fusain. Ou ses flirts avec le constructivisme, parfois proche de la BD. Ou ses accointances libertaires avec Miro. Il s’amusera, en montant à l’étage, des sculptures et des reliefs muraux d’une redoutable imagination. Il comprend pourquoi Marquis a gagné plusieurs concours d’installations extérieures.
Ses petits objets, dont certains se rapprochent de Myrha, peuvent côtoyer ses plus grands tableaux. Le visiteur reconnaît les formes inscrites dans la mémoire du créateur. Elles servent à ce dernier tout aussi bien à signifier le volume dans ses abstractions qu’à inscrire le signe dans la profondeur de ses acryls. Ou dans l’épaisseur de la matière, comme dans cette belle série de 1995.
Il suffit de voir, tout en haut de la galerie, la solidité de ses grandes compositions pour faire oublier la période actuelle que nous interprétons comme un retour à une rigidité formelle un peu stérile. Marquis cherche-t-il un mariage de raison entre sa période constructiviste et ses combats avec la matière? A-t-il la mémoire d’une sorte de «mécanicité», lui qui fut dessinateur sur machines avant de se consacrer à l’art? Ou alors est-ce une forme de nostalgie de la nature et de ses grilles dans lesquelles il zoome pour obtenir une peinture plus organique? Le doute, ce vieux trublion de la création, refait surface.
Tout sent là un travail de transition vers quelque chose qu’il a profondément en lui et qu’on se réjouit de voir éclore.

Yves-André Donzé, Le Quotidien Jurassien, samedi 14 mars 2009
 
 
 
 
   
     
       
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