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Une peinture aux
introspections plurielles

 

(…) Parmi d'autres écritures amies, qui se sont épanchées dans sa monographie (Jean-René Moeschler, œuvres récentes, éd. Biro, 2008), le poète et critique Jean-Baptiste Para situe clairement le débat et l'enjeu pictural des œuvres de Moeschler, ce en quoi elles nous concernent tous, faisant du même coup ressortir leur caractère d'opiniâtreté. Para invite à «revenir à la Théogonie d'Hésiode, où Chaos et Eros comptent parmi le tout petit nombre des puissances premières». Et de préciser de manière très synthétique: «Chaos, en grec, c'est la béance, l'ouverture infinie. Eros, c'est le désir qui pousse hors de soi, le pur mouvement, la dynamique qui ruine l'immuable dans lequel le cosmos risque de mortellement se figer.»

Et même si Para fait allusion à des peintures plus anciennes et fera allusion à d'autres encore où s'emmêlaient des esquisses de silhouettes et des arabesques, c'est toujours le même fond basique, élémentaire, éternel et perpétuel, qu'interroge Para: comment laisser ouvert ce que le peintre, ce que l'être humain, a envie de circonscrire (de comprendre)?

A regarder les thèmes - architecture, paysages et fauteuils - qui s'entrecroisent, se superposent, se complètent dans les peintures actuelles de Moeschler, le spectateur en vient à palper ce que lui-même et ses semblables tentent en effet de concilier, ces aspirations qui relèvent des comportements élémentaires et essentiels: construire (démontrer aussi bien que posséder), s'évader, et se poser (ou réfléchir).

Des comportements que Moeschler, dans un texte de sa monographie, ajuste en tant que peintre: «Il ne s'agit plus d'occuper les paysages de manière romantique ou mystique, mais de les questionner comme des partenaires dans lesquels nous projetons nos imaginaires.»

Cette peinture est donc celle des désirs conjoints. Nulle violence en elle, plutôt de l'estompe, des conciliations. Un partenariat. S'associent ainsi, dans les compositions de Moeschler, l'abstrait et le figuratif, le réel et l'imaginaire, le dynamique et le statique, la texture filamenteuse du pinceau et le lissage au couteau à peindre, le fluide et le compact, l'aplat monochrome et les coulures diluées. Serait-ce
à dire que s'enchevêtrent dans ses œuvres tout et leur contraire? Non, c'est le rappel que la peinture est de l'espace et de la profondeur. Dans un diptyque, Jean-René Moeschler a du reste décalé les plans des deux volets. Pour faire ressortir des attentions différentes à propos d'un même lieu. Des différences d'atmosphère selon les moments.

Ces stratifications sont le rappel aussi qu'un tableau est un lieu d'accueil et de projections, incluses leurs démultiplications.
En parfaite cohérence avec cette façon d'envisager les situations, les compositions de Moeschler sont basées sur des perspectives à plusieurs points de fuite. Et certains plans fonctionnent comme des effets de vitrage, où l'œil ne fait plus bien la part de ce qui est au-delà ou en deçà, entre ce qui est au loin et ce qu'il perçoit être derrière lui, dans des reflets. Peu importe d'ailleurs. Dans les peintures de Moeschler et le voile laiteux qui les recouvre, le regard retrouve cette sorte de complaisance qu'il a, parfois, à s'abîmer en lui-même et aux convivialités qu'il favorise ainsi.

Philippe Mathonnet, Le Temps, 2.12.2008

 

Jean-René Moeschler

Peintre
Né à Tavannes en 1951.
Vit à Malleray, travaille à Moutier.

Maturité scientifique à Bienne en 1970.
Brevet d’enseignement à l’université de Berne, de 1970 à 1974 et de 1978 à 1979.Travail avec G. Tritten.
Enseignement des sciences et des arts plastiques de 1974 à 1989 à Malleray.

Responsable du perfectionnement du corps enseignant en arts plastiques de 1979 à 1989.

Séjours de travail à Paris et New York.

Peintre indépendant depuis 1990.

Bourses de la Fondation Lachat 1989,
du Canton de Berne 1992, 1995 et 2002.

Membre de l’Institut jurassien des Sciences, des Lettres et des Arts.

Membre de la commission cantonale bernoise d’art et d’architecture.

Lecteur à l’université de Berne
de 1997 à 2002.

Expositions personnelles

1985
Galerie du Tilleul, Perrefitte
1988 Galerie du Soleil, Saignelégier
1990 Galerie Numaga, Auvernier
1992 Galerie Esther Münger, Berthoud Musée jurassien des Arts, Moutier
1994 Centre Pasquart, Bienne Galerie Numaga, Auvernier
1996 Forum d’art contemporain, Sierre Galerie du Soleil, Saignelégier
1997 Abbatiale de Bellelay 2001 Galerie Imoberdorf, Morat
2002 Galerie Numaga, Colombier
2007 Galerie Seltz, Perrefitte
2008 Galerie Numaga, Colombier.

Expositions collectives

Entre 1980 et 2002 à Berne, Péry, Delémont, Bulle, Soleure, Besançon, Bonn, Varna, Olten, Le Locle, Palerme, Moscou, Zagorsk, Porrentruy, Bienne, Bâle, Laufon, Emmenbrücke, Freiburg im Breisgau, Moutier, Paris, Lörrach, Berthoud, Granges, Hauterive. Neuchâtel.

Décorations publiques

Piscine de Bévilard, Centre scolaire de Péry, Salle communale de Tavannes, Ecole d’ingénieurs à St-Imier, Centre de transfusion sanguine à La Chaux-de-Fonds, Home le Printemps à St-Imier, Ecole de Sonvilier, SUVA Delémont.


 
   
     
       
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