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Le monde déformé de Québatte

Né en 1951 à Saignelégier, Georges Barth, qui signe Québatte, s’est établi en 1972 à Moutier, où il exerce son art parallèlement à sa profession de mécanicien-dentiste. Autodidacte, il a suivi pendant une année les cours de la Kunstgewerbeschule de Bâle. Dans les années 80, il a exposé à Yverdon avec plusieurs peintres prévôtois invités par la Cartothèque des artistes romands. Il présente régulièrement ses œuvres dans les expositions de la Société jurassienne des peintres et sculpteurs, dont il est membre depuis une douzaine d’années.

Il a en outre pris part à trois expositions de Noël du Club jurassien des arts, au Musée de Moutier, et présenté une première exposition personnelle à la Galerie de l’Empreinte, à Court, en 1994. L’année suivante, il obtenait le Prix culturel de la ville de Moutier. Il s’exprime par la craie Conté, occasionnellement par la gravure.

Les premières œuvres de Québatte, des manières noires réalisées dès le début des années 80, évoquaient les perspectives exacerbées de Sam Szafran par le choix de points de vue singuliers offrant d’un sol, d’un encadrement de porte, des images distordues, certes, mais immédiatement reconnaissables. Ce jeu perspectif, l’artiste n’allait pas l’abandonner en s’éloignant de sa première source d’inspiration, au contraire. Toujours plus librement interprétée, puis installée dans une totale subjectivité par une sorte de multiplication des angles de vue, cette perspective volontairement déformante conduit depuis quelques années aux limites de la lisibilité. Si bien qu’il serait aisé de prendre les craies Conté d’aujourd’hui pour des œuvres abstraites. Ce n’est pas le cas. A l’origine, toujours, la vision d’une scène réelle, un flash plutôt, dont l’artiste retient l’essentiel en le réinventant, avec un souci de fidélité non à l’image première, mais à l’émotion qu’elle suscite. Au flash visuel répond le flash émotionnel. Les éléments clefs sont pourtant conservés: ce sont eux qui donnent au visiteur le sentiment d’être en terrain connu malgré l’étrangeté du tableau. Il identifiera des intérieurs, des paysages, très souvent un personnage semblant fusionner avec son environnement.

L’univers de Québatte n’est pas de toute tranquillité. Il interroge, il déroute, offre peu de points où souffler, passe de jubilations en oppressions. On s’y engage comme dans un rêve, un cauchemar parfois, sans certitude et sans appui, porté par un flot de couleurs fondues, de brusques échappées, de formes instables qui se font et se défont, insaisissables. Tout apparaît en suspension dans un espace dilaté ou compressé, comme vu à travers un oeil cabossé de poisson. C’est un art de la déformation, frisant l’abstraction sans s’y installer, parfaitement inclassable. L’intensité des tons, les sfumatos que permet le pastel ajoutent à l’étrangeté, qui révèle des états d’âme passant de l’allégresse à l’angoisse, comme si le peintre, en fixant ses visions fugaces, cherchait avant tout à mettre à nu ses sentiments.

Jean-Pierre Girod, Le Quotidien Jurassien, 4 août 2001.
 

Barth Georges dit «Québatte»,
1951
Ruelle de l’Eglise 8
2740 Moutier

1994 Galerie de l’Empreint, Court
1995 Prix culturel de la Ville de Moutier
2001 Galerie Courrant d’art, Chevenez
2002 Galerie du Passage, Moutier

Membre fondateur de la revue d’art «Trou»

 


 
   
     
       
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